abri pour la nuit ou pour la pluie

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Maloya 


Ce matin dans les hauts avec le chien. Pris sentier marron sous la pluie. yuccas rutilant sous l’averse. Océan haut à l’horizon puis petit brouillard. Je plonge dans l’épaisseur du temps. L’eau douce à ma peau comme des larmes.
Loin sous une bâche bleue des pique-niqueurs ont allumé leurs feux sous la marmite. De la dessous montent une fumée grise et le grondement inquiétant du gros tambour de la maloya . Me poursuivra tout le jour, même de retour.

A ma case pourtant je n’entends plus que la pluie frapper en cadence la taule de mon toit. Mais c’est la même plainte. Celle des esclaves lontan.

« Souvenirs de la marée basse » Chantal Thomas

C’est mon cadeau d’anniversaire, choisi pour moi par mon fils. Sur quel critère ? je l’ignore. J’ai vu que ce titre était sur la liste pour le Fémina. Je ne crois pas avoir jamais rien lu de Chantal Thomas  que je confonds – Pardon – avec une créatrice de lingerie chic. Ce livre est une chanson douce. Il sent bon l’enfance et les grandes vacances au bord de la mer. Les mots vous arrivent à l’oreille comme le bruit dans les coquillages et ils vous passent sous le nez avec une bonne odeur d’iode. Celle qui écrit aime nager, loin, longtemps, par tous les temps. C’est une petite fille ou une jeune femme ou encore sa mère. On ne sait pas bien. C’est égal.  » Les personne au fond ont un rôle secondaire. Ce sont les éléments qui nous dictent nos conduites, le soleil ou la pluie, le vent, le sable, les marées. » La phase glisse de chapitre en chapitre dans un crawl « à la beauté reptilienne ». Elle bat au rythme du flux et du reflux de page en page.

C’est un livre de plein air et de liberté tout en délicatesse et en sensualité. Il ouvre sur des bonheurs perdus. Peut-être pas. Chantal Thomas nous dit que le temps n’existe pas  » Demain n’existe pas ». A condition toutefois de ne pas avoir peur de se jeter à l’eau.

« Comme des enfants bleuis de froid nous voulons la morsure cruelle du présent »

Je souhaite vraiment que les dames du Fémina aient le même coup de cœur que moi.

 

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« La nature exposée » Eri de Luca

Un sculpteur amateur est chargé de retoucher un Christ en croix qui à une certaine époque  a été recouvert d’un pagne pudique alors que dans son état d’origine il était nu. A priori pas de quoi écrire 200 pages. Mais pourtant si ! Dans cette histoire d’un « dévoilement » nous accompagnons le pauvre type chargé de cette étrange besogne. Nous partageons ses inquiétudes et avec lui nous polissons lentement le marbre jusqu’à l’extrême, jusqu’à découvrir sous les drapés « la nature » du christ fait homme. Plus troublante  et embarrassante que prévu. Ce long travail se fait sur la pierre qui parfois devient chair sous le ciseau de ce sculpteur d’occasion qui par ailleurs et ce n’est pas un hasard est également « un passeur » conduisant les émigrés par les hauts cols de montagne. Comme lui, Eri De luca est un artisan du langage. Un passeur  lui aussi.

 

« Autopsie » de Jean-Louis FOURNIER

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Le dernier titre de J.L FOURNIER acheté en grande surface. Un bon produit sans édulcorants ni sucre ajouté

Le bougre ne se fait pas de cadeaux et dresse de lui un portrait sans concession. Il réussit même par moments à devenir antipathique. C’est pourtant  un des meilleurs, si ce n’est le meilleur livre de J.L. Fournier. Il tombe enfin le masque avec une touchante sincérité, comme s’il sentait venir la fin de la représentation et que le  temps était venu de se retirer sous les bravos. J’espère pourtant que ce ne sera pas son dernier numéro car l’artiste est bien vivant et il se remettra vite de cette petite « autopsie ».  Drôle, espiègle, inattendu, provocant,  il écrit sans fioritures. Pas de  gras, pas de persil autour du texte. que du bon.

C’est vrai qu’étant jeune ( j’ai très bien connu Fournier comme on dit dans les salons pour faire l’intéressant ) il avait « une tête de voleur de poules »

Que le spectacle continue !

Les livres c’est comme dans la vie

Cette idée ce matin que les livres sont comme certaines femmes que l’on a aimées. On passe de merveilleux moments ensemble et puis, à la dernière page, elles vous quittent et vous tournent le dos ; avec en guise de petit signe d’adieu désinvolte, le mot « Fin ». On croit qu’on ne pourra pas s’en remettre. On espère le tome 2 qui ne vient pas ou qui déçoit. On fera  pourtant plus tard d’autres rencontres. Il y aura encore d’autres belles histoires.

Ne sois pas triste petit homme. C’est la vie.

Les livres c’est comme dans la vie.

la nuit de la grande Ourse

 

La nuit de la Grande Ourse

 

C’était la nuit de la Grande Ourse et ce soir là il y eut aussi cet énorme hug final qui roule encore en chacun d’eux comme les grondements d’un orage qui s’éloigne.

Ils étaient douze comme les douze apôtres, douze comme les douze signes du zodiaque.

En file indienne ils ont quitté le parking désert de l’observatoire d’altitude. Puis ils ont marché vers le bord de la falaise, peut-être vers le bord d’un nouveau monde. La mer, on la savait au Sud. Mais pas un seul lumignon ne signalait la côte endeuillée sous un lourd voile de nuages gris. Ils étaient maintenant seuls au monde. A l’ouest, l’incendie du couchant embrasait un ciel de gloire et accordait aux douze sa protection pour ce qui restait de jour et pour la nuit à venir. Sa puissance était évidente et les sommets autour du vaste plateau étaient vêtus de noir pour la cérémonie. Pas un bruit, pas un vol d’oiseau, à peine un froissement d’air frôlant leurs oreilles et leurs joues.

Un souffle venu d’ailleurs, promesse de ce qui pouvait et de ce qui allait arriver.

Quand l’ombre fut là, les douze silhouettes se découpant sur l’horizon ont invoqué ensemble le ciel et la terre, portant haut leurs bras en corbeille pour en cueillir l’énergie.

C’est alors que tout a basculé. Des cercles ont été tracés hâtivement au sol. Une meute d’animaux fantastiques a été convoquée. Sont accourus des quatre points cardinaux : La Tortue bleue, le Dragon rouge, la Tigresse blanche et le Phénix jaune. Ils se sont mis à danser. On ne pouvait plus les arrêter. Le ciel s’est creusé, d’un bleu plus profond, plus liquide, et plus tendre aussi. Il s’est pointillé d’or, habillant la terre d’un grand manteau de fête.

L’étendard évident de la grande Ourse s’est alors déployé, claquant au-dessus de leurs têtes.

La bête céleste ne les a plus quittés.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, les sept clous d’or de la grande configuration se sont incrustés en chacun, marquant leurs corps, au front, à la couronne, à l’occiput, à la gorge, au cœur, au plexus et au ventre.

De loin, on aurait pu voir scintiller dans la nuit comme douze très beaux arbres de Noël.

Le hug final, accolade à l’américaine les a rapprochés et ramenés à leurs vies d’en-bas. Le hug c’est lorsque l’on serre une personne dans ses bras pour dire bonjour, au revoir, merci. En Amérique du nord, les filles entre elles se hugguent souvent. Les hugs homme-homme ou homme-fille sont plus rares. Il faut être vraiment  être très bons amis dans ce cas. Voilà ce qu’en dit le savoir vivre outre Atlantique.

Sûr que ce soir là, tout habités de la Grande Ourse qu’ils étaient, ils se sentirent tous très bons amis et ils se tinrent serrés longtemps et très forts avant de consentir à rallumer les lampes frontales pour retourner à leurs vies de tous les jours.

 

 

 

 

table des sacrifices

et nous sommes allés à la table du sacrifice

Ce jour là,
quelqu’un était passé bien avant moi
et avait laissé des traces.
Je pris vers la fontaine du chasseur.
A la croisée des chemins l’arbre du 3ème oeil m’a guidé
vers le trou de l’ancien four à chaux
Là, il m’attendait…
Et nous sommes allés à la table du sacrifice !

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René Frégni « Je me souviens de tous vos rêves »

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Lettre à René Frégni

Du vivant de Giono, j’avais imaginé qu’un jour j’irai le voir à Manosque. Je ne sais pas ce que je lui aurais dit de plus. Sans doute, très banalement « J’aime beaucoup ce que vous faites ». Non, en vérité, cela aurait été simplement pour passer un moment auprès de lui, me sentir proche, dans son paysage, sous sa protection. Comme auprès de mon arbre. Et puis Giono est mort.

Si je t’écris René, ce n’est pas « sentant ta mort prochaine », mais parce que depuis cette histoire avec Giono, de temps en temps, j’écris aux écrivains. Après tout, ce sont là des gens affables qui vous adressent la parole alors qu’on ne les connaît pas. Donc la moindre politesse est de répondre. Au moins en soulevant son chapeau. Mais comme je n’en porte pas, j’écris. Parfois aussi pour dire que je n’ai pas apprécié. Les écrivains ne sont pas obligés de me lire et encore moins de me répondre. Mais je ne suis pas obligé non plus de les lire. En plus je fais l’effort d’acheter leurs bouquins. Ça donne des droits. Quel auteur s’est jamais inquiété d’une enquête de satisfaction ? Les tirages en tiennent lieu ? Ah oui je sais.

Tu as bien voulu me consacrer du temps et je t’en remercie. Depuis quelques jours nous nous retrouvons le matin dans ce petit café de Manosque que tu aimes bien. Tu me racontes tes balades dans les collines, la mort de ton chat, ta fille Marilou, cette escapade farfelue à Besançon, et tu me confies que tu rêves de ta mère toutes les nuits. Je t’écoute. Tu m’étonnes, tu m’enchantes. Tu te tais. Ton regard fuit vers les hautes branches des platanes dénudés de l’avenue. C’est jour de mistral. Je sais que tu penses aux seins d’Isabelle. Pas besoin de mots entre nous. Mais tu insistes «  Si, si, les mots c’est important. C’est le souffle qui ranime les braises de la vie . Nous sommes tous faits de mots, des constructions de mots, des paysages de mots, des villes de mots, des éboulis de mots ». Ça me fait sourire. Je me sens plus éboulis que construction. J’aime bien que tu parles de tes cahiers plutôt que de tes livres. Je crois que j’ai un peu pigé la place de l’écriture dans ta vie «  Je suis vivant parce que j’ai un cahier qui m’attend, encore vierge, encore blanc. » Tu dis tes peurs, « Un jour je ne serai plus là pour sentir sur ma peau toute la beauté de septembre, son immense douceur, tous les mots que je trouve en marchant. »

Bref merci pour ces instants partagés. Crois bien que j’en fais mon miel. C’est curieux comme Manosque revient. Mais avec toi René, nul besoin de prendre l’autoroute pour aller te voir. Tous les matins, ces jours ci, je monte dans ton livre comme on monte dans le train ou le bus et c’est parti. Au début je ne comprenais pas bien le titre « Je me souviens de tous vos rêves » Mais là ça va. Je m’installe dans tes pages et je m’y retrouve chez moi. Un écrivain quand ça sait se servir des mots, on entend ce qu’il dit. Un écrivain c’est d’abord une voix qu’on entend. C’est du solide.

Je me suis bien entendu avec toi.

Passe un bon hiver. A bientôt.

Ps : Merci à ma sœur Pia qui m’a offert ton bouquin lors de notre passage au festival de Mouans Sartoux et merci à toi pour la belle dédicace.