Une rencontre

Ils me laissent indifférent. Leurs déplacements sont incohérents. C’est une espèce ridicule et bruyante.

Mais ce qui arriva ce jour là, c’était du jamais vu. Une de leur jeune pousse, mince et flexible comme un jonc s’est approchée. Le vent m’a apporté comme le murmure d’une demande. Suivit une longue attente. Le temps ici n’a plus d’épaisseur.

Elle était belle. Elle sentait bon l’herbe écrasée et la fleur d’églantier. Nous étions dans le même instant, dans la même présence. Celle qui n’est pas bornée par le langage. Attentive au bruissement de mes feuilles et au craquement de mes branches, elle s’enivrait des émanations amères de mon tanin. J’étais séduit. Elle osa plus et entra dans mon champ vibratoire, me touchant, caressant longuement mon écorce rude. Elle se colla à mon tronc et bravant mon mutisme posa une question secrète.

Nous étions en miroir. Il me suffirait d’être pour lui répondre. Mon sommet dégarni, mes branches crochues, mes racines noueuses, tout lui disait mon vécu, les tempêtes, la neige, le feu. Bientôt les insectes voraces me rongeraient l’intérieur jusqu’à ce que je me brise et me fende. Mon ventre ouvert cracherait une sciure rouge.

Elle, dans son bois lisse et jeune, moi dans mon âge nous sommes vivants ! La tête dans le ciel, nos racines dans le sol, la sève monte en nous. La jeune pousse s’est inclinée, m’a remercié et puis elle est repartie. Ne pas avoir peur. Un arbre n’est pas la forêt et ici on n’est jamais seul.

J.R.FOURNIERDSCN0871

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« Risibles amours » Kundera

 

Pose-toi une question : Pourquoi dire la vérité? Qu’est-ce qui nous y oblige ? Et pourquoi faut-il considérer la sincérité comme une vertu? Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu’il est un poisson et que nous sommes tous des poissons. Vas-tu te disputer avec lui? Vas-tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n’as pas de nageoires? Vas-tu lui dire en face ce que tu penses? Eh bien, dis-moi! »
Son frère se taisait, et Édouard poursuivit : « Si tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi-même fou. C’est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou. »»

Son frère se taisait, et Édouard poursuivit : « Si tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi-même fou. C’est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou. »»

S’en aller aux champs …

Quitter sa zone de confort. ..

Il suffit de passer le pont…

C’est tout de suite l’aventure. ..

Passer son chemin s’ils ne sont pas là. ..Faire seul

Miroir de l’âme. ..se voir en noir et blanc

Et arriver tout soudain au petit château du Caire ou nous attend le Duc de Rivoli

Les miroirs d’eau

Arrive-t-il que l’on perde de l’altitude demande l’oiseau?

Et comment faire dans ce cas ?

Il faut chercher les miroirs d’eau Et s’y regarder. Chacun a le sien. Mais parfois on se voit mieux dans le miroir des autres que dans le sien.

La sécheresse des déserts et les fausses couleurs des miroirs d’eau sont la marque de la blessure.

Mais il y a aussi des oasis avec des roses.

Sur mon chemin ce soir

 Sur mon chemin j’ai rencontré :

  • La vieille cheminée de briques de l ancienne blanchisserie industrielle . Sur la façade on lit une date, 1884. Cest là que bouillaient, se rinçaient, sėchaient les draps  du beau monde des palaces de Cannes à la belle ėpoque.  Un permis de demolir est affiché sur la porte. Adieu patrimoine.
  • Plus loin les premiers bourgeons. Nous sommes le 21 Janvier. Bonjour Printemps. 
  • Et encore ce crėpuscule  se posant tendrement sur un quartier qui hésite  entre deux mondes, deux siècles. Un peu comme moi. 

Maloya 


Ce matin dans les hauts avec le chien. Pris sentier marron sous la pluie. yuccas rutilant sous l’averse. Océan haut à l’horizon puis petit brouillard. Je plonge dans l’épaisseur du temps. L’eau douce à ma peau comme des larmes.
Loin sous une bâche bleue des pique-niqueurs ont allumé leurs feux sous la marmite. De la dessous montent une fumée grise et le grondement inquiétant du gros tambour de la maloya . Me poursuivra tout le jour, même de retour.

A ma case pourtant je n’entends plus que la pluie frapper en cadence la taule de mon toit. Mais c’est la même plainte. Celle des esclaves lontan.